Participer ?

Participer ?

Rechercher dans 5071 réponses...

Suivez-nous !

Offense et pardon

bonar 14.05.2013 Thème : Vie affective: les relations humaines Bookmark and Share
Réponse de : Roland BenzRoland Benz

Réponse

1) Il s’agit de distinguer entre offense et sentiment d’offense. Je peux me sentir offensé ou agressé alors que je n’ai aucune raison de l’être. Poussé à l’extrême cela s’appelle la paranoïa. Mais, je ne puis pas prétendre que jamais, on me porte offense, ou que toute offense à mon endroit ne devrait pas m’atteindre ou m’affecter. Ce serait aussi faire preuve d’un orgueil démesuré.

Oui je puis être blessé par une parole méchante ou calomniatrice. Je peux être offensé par quelqu’un qui a commis un méfait contre moi, m’a blessé physiquement, ou qui m’a volé, trompé, menti. Comment ne pourrais-je pas être affecté dans le cas où une personne porte atteinte à la vie de mon enfant ? Ce serait non seulement faire preuve d’orgueil mais aussi d’une insensibilité glaciale, toute aussi meurtrière que celle de l’offenseur.

2) Oui, nous avons le droit d’être en colère dans une situation d’injustice, de juger et demander que justice soit faite. La colère dans un premier moment permet de distinguer le méfait de la personne : je ne suis pas réduit à ce que l’on m’a fait. C’est donc une façon de mettre à distance l’offense. Mais bien sûr si la colère perdure et se transforme en haine, comme celle de Caïn, elle ne peut qu’engendrer une situation de mort. La réaction permet aussi de ne pas réduire l’offenseur à sa faute. « Il n’est pas sa faute, mais il est une personne qui a commis une faute. » Ainsi est-il préférable de dire : cette personne a commis un vol, plutôt que de dire :  c’est un voleur.

Il est capital de dénoncer un mal subi par l’un, qui est un mal commis par l’autre. Et suivant la gravité de la situation de déposer plainte pour que justice soit faite par les institutions judiciaires. Le mal doit être reconnu comme tel et le coupable jugé pour son méfait afin qu’il puisse s’en séparer. L’aveu de la faute commise est nécessaire pour aller sur un chemin de reconstruction et de réconciliation. Pour des personnes gravement blessées, l’absence d’aveu est toujours très lourde. C’est généralement à partir de l’aveu qu’un travail de pardon peut commencer pour l’offensé. Il arrive aussi que le pardon soit donné sans l’aveu du coupable. Le pardon pourra alors, éventuellement, aider l’offenseur à reconnaître sa faute, à  s’en distinguer et à demander pardon à son tour. Un pardon trop vite annoncé est une façon d’atténuer la faute, de l’excuser au point d’empêcher un chemin de délivrance. « C’est trop facile de dire pardon ! » diront certains ! Ce peut être aussi une forme de mépris : moi, dans ma grandeur, je te pardonne ! Le pardon n’est pas un acte d’orgueil mais une offre de changement possible, une offre vers une reconstruction, une ouverture vers un avenir renouvelé, et peut être vers une réconciliation. Alors que le non-pardon peut enfermer dans le jugement destructeur, le remord, l’amertume ou la haine.

3) Dans la prière du « notre Père », nous disons : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». « Nous pardonnons, c’est-à-dire que nous sommes dans un chemin de pardon. Et ce chemin peut être long, cela dépend aussi de l’importance du mal commis. L’offensé a besoin de temps pour pouvoir pardonner. Il faut du temps pour pouvoir prendre la mesure de ce qui a été détruit en soi par l’offenseur, et il faut du temps pour se reconstruire. Pardonner trop rapidement, c’est ne pas permettre la claire distinction entre mal subi et mal commis, car, subtilement, il peut y avoir intrication entre les deux. Je pense par exemple, aux personnes qui ont subi une atteinte à leur intégrité corporelle, à l’abus subi dans l’enfance ou au viol. Souvent un sentiment de culpabilité ronge la victime alors qu’elle n’est que victime et en rien coupable. Pouvoir pardonner n’est en rien excuser le mal commis, c’est d’abord pour l’offensé de ne pas se réduire au  mal subi et de trouver une paix pour soi ; et pour l’offenseur c’est lui donner la possibilité de changer.



Aucun commentaire

  •