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Peut on comprendre la vie sans comprendre la mort?

rape 25.05.2013 Thème : Bible: ce que disent les textes Bookmark and Share
Réponse de : Daniel NeeserDaniel Neeser

Vos quatre questions sont liées aux thèmes de la vie, de la mort et de la résurrection. Cela est intéressant, car on ne peut comprendre la vie sans comprendre la mort, pour le moins sans en accepter le caractère inéluctable.

1)              Vos deux questions sur l’Ecclésiaste:

Je ne peux me prononcer sur la pertinence de ce texte dans le cas que vous citez d’un culte lors du décès de quelqu’un que vous aimiez. Cela relève de la responsabilité pastorale du célébrant et de sa connaissance de la vie, de la famille et des amis de la personne défunte.

Le livre de l’Ecclésiaste
C’est un livre difficile. Il tient plus du traité d’un sage, d’un philosophe que de celui d’un pratiquant, voire d’un croyant au sens moderne. Son titre déjà est compliqué : il vient du mot hébreu qo’él qui veut dire appel ou appelé et qui  a donné qa’al qui veut dire assemblée (rassemblement des appelés), d’où la traduction habituelle, qui vient du grec, d’ecclésiaste, c’est-à-dire membre (ou président) de l’ecclésia, soit l’assemblée ou Eglise dans le sens d’assemblée de gens appelés. Mais, à l’époque de la rédaction du livre, cette assemblée pouvait fort bien ne pas être religieuse, comme une Eglise d’aujourd’hui, mais bien plus un lieu de débat sur le sens de la vie, ou son non-sens…

L’Ecclésiaste est donc considéré de manière générale comme un recueil de textes, de phrases ou de sentences d’un ou plusieurs sages qui décriraient les absurdités et les contradictions de la vie. Un livre d’un ‘désabusé’ en quelque sorte mais d’un désabusé qui « réagit contre le conformisme des sages, leur rhétorique vide, pour exhorter l’homme à l’engagement dans l’existence », comme le propose l’introduction de la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB), une bonne façon d’entrer dans ce livre.

Que dire de votre passage ? Il propose une façon de penser le temps en renonçant à en posséder l’origine, davantage encore à la maîtriser.  Ce que nous avons à maîtriser c’est ce que nous faisons des temps qui nous sont donnés, cela en acceptant que ce qui nous est donné est pour la vie et pour la mort. « Le temps est pour la vie, mais la limite de sa finitude jette notre existence dans l’horizon d’un pour la mort ». (M. Faessler, Qohélet philosophe, Editions Labor et fides, Genève 2013, p. 75). Qohélet ne fait pas l’éloge de la vanité, mais invite son lecteur à recevoir le ou les temps qui nous sont donnés, et même celui de la mort, comme un don, -même si, parfois, ce don est incompréhensible-, et à les investir de sa présence et de sa vie. L’enjeu est celui de l’éthique plus que de la philosophie.

2)              Vos deux questions sur 1Co 15 :
Je crois fermement à la résurrection du Christ qui a fait de lui le Premier-né d’entre les morts et donc que je suis promis à le rencontrer vivant dans ma mort comme dans ma vie, dans l’avant et dans l’après.

Croire que Christ est ressuscité est un point central de la foi chrétienne. Donc si on doute de la possibilité de la résurrection, on doute de celle du Christ : telle est la logique empruntée par Paul, car à son époque aussi (déjà !) on pouvait douter de la résurrection tant chez les Juifs (les sadducéens, Mt 22,23) que chez les Romains. Mais croire que ce Jésus de Nazareth crucifié était fils de Dieu, était tout aussi scandaleux (Mt 26,65), illogique, voire stupide !

L’image que Paul emprunte, celle des corps qui naissent corruptibles et ressuscitent incorruptibles, veut dire deux choses : tout d’abord que c’est bien le corps de quelqu’un, la personne et son identité propre qui ressuscite, il y a donc un lien personnel entre le mort et le ressuscité, c’est la même personne qui reçoit cette vie nouvelle, dans la mort, et ensuite qu’il y a un changement radical d’être, de statut pourrait-on dire. C’est bien vous qui ressusciterez mais vous serez totalement nouveau, renouvelé : du grain on passe au fruit. C’est dans ce sens qu’on peut parler de la mort comme d’une nouvelle naissance. Les orthodoxes annoncent parfois le décès de quelqu’un en disant : « X est né/e au ciel ce jour… »

Qui retrouve-t-on au ciel ? Tout d’abord nous ne savons rien de cette vie qui nous attend, ni comment on sera, ni où, ni quand. Encore moins comment on y vivra : mangerons-nous, serons-nous habillés… ? De plus on ne décide pas qui ressuscite et qui ne ressuscite pas, donc on ne choisit pas qui on retrouve et qui on ne  retrouve pas ! De fait, si on est dans une logique absolue, selon qui on retrouve au paradis, ça pourrait être l’enfer ! La vie après la mort est une promesse, et une bonne promesse, faite par Dieu : ne craignez pas la fin de la vie. La mort est une réalité qui sera un jour la vôtre (on retrouve notre Ecclésiaste !) mais, depuis que mon Fils l’a traversée et s’y est relevé vivant, la mort est habitée. Ne craignez donc pas la mort, j’y suis !



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