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Dieu a-t-il crée Satan ?

KarenM 10.02.2019 Thème : Maladie, souffrance et santé Bookmark and Share
Réponse de : Didier HalterDidier Halter

Bonjour,

Un scientifique a dit : « à toute question complexe, il y a une réponse simple et elle est fausse ! ». Cette boutade n’enlève rien à la pertinence de votre question. Elle indique simplement qu’y répondre de façon simple est impossible. Une réponse simple à cette question serait, selon une expression helvétique, une « fausse bonne idée » !

Dans la tradition chrétienne, on recense globalement deux manières « simples » d’expliquer l’existence de Satan. Je voudrais vous les exposer rapidement en mettant en évidence leurs limites.

Premièrement, certains auteurs présentent le monde comme étant le lieu d’une lutte entre deux entités indépendantes : Dieu d’un côté, le mal (ou pour reprendre votre vocabulaire : Satan) de l’autre. Dans cette perspective, Dieu existe aux cotés de Satan sans qu’il en soit à l’origine et l’histoire du monde est l’histoire de la lutte entre le bien (Dieu) et le mal (Satan). Il arrive que l’on lise les chapitres 12 et 13 du livre de l’Apocalypse dans cette perspective. L’avantage de cette réponse est qu’elle enlève à Dieu toute responsabilité dans l’existence du mal dont il est un adversaire résolu. L’inconvénient, c’est que finalement Dieu n’est pas un dieu unique. On se situe alors dans une perspective dite « dualiste ». Cette première manière de voir a toujours été considérée comme « hérétique » et aucun texte biblique précis ne soutient entièrement cette théorie. Ce qui ne l’a pas empêchée de prospérer tout au long de l’histoire chrétienne.

Deuxièmement, d’autres auteurs affirment que Satan est une créature de Dieu qui l’utilise pour éprouver la foi de l’humain ou pour l’éduquer ou encore pour le punir. Bibliquement on trouve cette idée par exemple en Esaïe 45, 6-7. L’avantage de cette réponse est que Dieu est vraiment le Dieu unique et que le pouvoir de Satan est limité. L’inconvénient tient à l’image de Dieu que véhicule cette manière de voir, à savoir un dieu manipulateur des destins humains qui est à l’origine des souffrances humaines liées à l’activité de Satan. De cette image de Dieu utilisant la souffrance comme un moyen pédagogique, on peut même en conclure que le mal et la souffrance sont justifiables. Puisque Dieu les utilise pour notre bien, n’est-il pas dès lors légitime que les humains les utilisent pour le bien d’autres humains ? Bref, on en arrive à justifier le mal.

Pour éliminer cette possibilité et l’image de Dieu qui y est associée, certains en sont venus à dire que Satan n’est pas directement voulu par Dieu, mais que sa présence est la conséquence de la liberté que Dieu accorde à l’humain. On en trouve un écho biblique en Genèse 4,6. Usant de sa liberté de mauvaise manière, c’est l’humain qui est à l’origine de la présence du mal dans le monde. Cette manière de voir n’absout cependant pas Dieu de sa responsabilité dans l’existence du mal. Pour être indirecte, elle n’en pas moins réelle. En outre, cette manière de voir fait reposer sur l’humain la responsabilité de l’existence du mal. Elle génère de la culpabilité et entre en confrontation avec des expériences que chacun de nous pourrait faire, à savoir l’expérience d’être victime du mal sans en être responsable. Comment un enfant jeté sur les routes de l’exil par une guerre pourrait-il être responsable du mal qu’il subit ?

Dès lors, on peut se demander si le croyant est condamné à osciller entre ces deux explications également insatisfaisantes ? Pour ne pas être enfermé dans cette oscillation, il est nécessaire de questionner la question ! Et si cette question n’était pas là que pour nous nous posions une autre question plus centrale ?

Je m’explique, dans plusieurs textes bibliques qui mettent en scène Satan (par ex. Matthieu 4,1-11), rien n’est dit sur son origine. Il est là, c’est un simple constat et tous ces récits, par contre, racontent le comportement possible devant le surgissement de Satan. Va-t-on écouter sa voix ? Va-t-on ferrailler avec lui jusqu’à le faire reculer comme Jésus dans le désert ? Bref, devant l’existence de Satan, la vraie question à se poser n’est pas d’où vient-il ? La question que la Bible nous invite à nous poser est : devant le surgissement du mal, comment vais-je réagir ? Devenir complice ou le combattre ? Et la réponse ne peut pas être théorique, c’est à chacune et chacun d’y répondre par sa manière de vivre.



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