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Comment lier l'amour de Dieu et le mal ?

24.10.2003 Thème : Foi: que croire et comment ? Bookmark and Share
Réponse de : Georgette GribiGeorgette Gribi
Votre question me fascine par sa profondeur, par toute l'épaisseur de vie et
de réflexion qu'elle laisse transparaître, par la soif de dialogue et de partage
dont vous témoignez. Je partage donc volontiers un bout de chemin avec vous,
comme vous le désirez - et je ne chercherai pas à vous répondre, car vos questions
sont aussi les miennes ! Nous verrons où ce chemin nous mène.
D'abord, le doute. C'est vrai que dans certains milieux, on a l'impression qu'on
peut parvenir à "apprendre" à ne pas douter... alors que le doute, à mon avis,
fait partie intégrante de toute vie humaine, et de toute relation d'amour. Côté
Dieu, on est en plein là-dedans, dans une histoire d'amour, qui ne s'"apprend"
justement pas, mais qui ne peut que se vivre, au quotidien. Et on sait bien
qu'au quotidien, l'amour n'est pas chose aisée : si l'amour est la plus belle
chose que nous puissions vivre sur cette terre, c'est aussi parfois très difficile
de continuer à croire que telle personne, un ami, mon conjoint, m'aime, que
moi aussi je l'aime. A quelque part, j'aurais envie de dire que je me réjouis
du fait que vous ayiez "désappris" à ne pas douter. Car si vous doutez, c'est que
votre foi n'est plus un savoir, mais une relation, et que cette relation vous
touche au plus profond de vous-même... jusqu'à vous amener au doute.

Cela dit, il y a des moments où on se demande si on n'est pas en train de perdre
notre temps à croire en Dieu, à tenter de vivre sa foi, qui paraît si déconnectée
des réalités de ce monde... et notamment de ses souffrances. Le mal nous paraît
parfois tellement scandaleux, tellement écoeurant, qu'on ne voit plus du tout comment
on peut encore croire sérieusement à un Dieu d'amour. Je suis très touchée par
votre formule : "je vis mal le mal". Vous touchez là un énorme point d'interrogation,
un énorme noeud dans notre condition d'êtres humains, une question que tous
les penseurs de tous les temps ont essayé de résoudre sans y parvenir. Le mal
est là, et c'est insupportable, c'est trop dur. Parler de Dieu, avec ce noeud
insurmontable devant les yeux, ça peut ressembler à un scandale, à une vaste
farce !

J'ai envie de partager avec vous une petit histoire qui m'est arrivée, au sujet
du mal et du doute. Je me rappelle avoir une fois dit à Dieu une chose étrange :
"je souffre tellement, c'est tellement dur, que je ne peux plus croire en toi.
Donc, je t'avertis, à partir d'aujourd'hui, je cesse de croire en toi." C'est étrange
d'être en train de s'adresser à quelqu'un qu'on a décidé de considérer comme
inexistant ! Pourtant, ce que je vivais était tellement dur, que je n'en pouvais
plus, et que je ressentais le besoin d'une révolte radicale contre ce Dieu qui prétendait
aimer mais qui me laissait dans un tel état.

Ce qui s'est passé après, ce n'est ni une révélation spectaculaire, ni un sentiment
de certitude, ni rien. Pourtant, je peux dire aujourd'hui que ma foi est plus
profonde encore. Peut-être que parce qu'en me révoltant, en disant : cela suffit
! face à ce mal insupportable, je croyais douter, alors que j'étais justement
là où le Christ nous attend : je pense que le message de l'Evangile aboutit
à cette exclamation "cela suffit ! nous en avons assez de tout ce mal". Dieu
est avec nous dans cette lutte - plus, il l'a lui-même menée jusqu'au bout en acceptant
le mal dans son aspect le plus intolérable : la mort de son fils sur la croix.

Je n'ai que cette petite histoire personnelle à partager avec vous. Je suis
consciente que tout reste toujours aussi incompréhensible. Mais ce dont je suis
convaincue, c'est que c'est justement à cause de notre "mal à vivre le mal"
que Dieu a choisi de nous aimer. L'amour n'enlève pas le mal, mais il permet peut-être
de vivre avec, et ce n'est pas rien.



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