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L'attitude de Job

rape 30.03.2015 Thème : Bible: ce que disent les textes Bookmark and Share
Réponse de : Didier HalterDidier Halter

Bonjour,

Impossible de donner un sens théologique à un verset isolé de son contexte. Mais si on examine ce contexte, qu’est ce qu’on remarque ? D’abord que ce verset (Job 1,21) prend place dans un conte philosophique qui encadre lui-même de longs chapitres poétiques. Au cœur de cet ensemble, la condition humaine (incarnée ici par Job) du croyant confronté au surgissement du mal, de la mort, de la maladie et de la perte. Dans ce conte, Job est le croyant exemplaire qui commence par s’incliner sans sourciller devant ce qui lui arrive car il pense y discerner la volonté de Dieu. Il y a quelque chose d’inhumain dans l’attitude de Job. Il vient de perdre tous ses biens et surtout tous ses enfants dans une catastrophe naturelle, et pas un mot, pas une émotion, pas une plainte ! Un consentement sans révolte, voilà ce qu’exprime ce verset. Mais cette attitude va s’effondrer par la suite. Confrontée à la maladie et à la déchéance physique, Job va se plaindre (enfin dira-t-on !) et finir par maudire le jour de sa naissance. Davantage même, il va ouvrir, dans la controverse avec ses amis, le procès de Dieu et de sa responsabilité dans les malheurs qui peuvent frapper les humains. Le livre de Job est de ce point de vue un ouvrage décapant qui met à mal la foi du charbonnier et qui invite son lecteur à ne pas se contenter de réponse simpliste sur la destinée humaine. C’est-à-dire tout le contraire de la résignation passive qui peut émaner de ce verset quand on l’isole de son contexte.

Utilisé dans le contexte d'un culte d'action de grâce en mémoire d'un être cher, il peut dès lors soit être utilisé (mais dans un détournement de la trame biblique) comme une consolation dans un appel à la résignation, soit être mis au service d’une prédication audacieuse qui, ne faisant pas l’économie de l’âpreté de la vie, met son auditoire devant sa condition humaine en présence d’un Dieu parfois mystérieux et qui comprend toujours une part d’insondable.

Didier Halter



Commentaires

  • desmarais09.04.2018
    Merci pour votre commentaire très juste. J'ai récemment (enfin me direz vous !) compris que Dieu est celui qui donne et propage la vie et le mouvement dans l'univers. La vie, il nous la donne, mais elle est livrée toute entière. C'est à dire avec la mort comprise dans le pack ! A ce que je comprends la mort ne vient pas de Dieu... il ne sais que donner la Vie ! Pas la reprendre. Sinon ça donne parfois l'impression d'un dieu absurde face à la mort d'un enfant ou du souvenir de la Shoa. Après les long tâtonnements de la théologie vétéro testamentaire, avec le Nouveau on arrive à des intuitions différentes qu'on devine déjà dans la longue tirade de Paul sur la résurrection (1 co 15) ou il dit (26): Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort". ou dans les images de l'Apocalypse (20:14) Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. La mort n'a donc rien à voir avoir quelque intervention ou volonté divine ! Et si dans la Bible Dieu semble "tuer" beaucoup c'est la manière dont les hommes interprétait ce qu'ils comprenaient de Dieu, et des événement catastrophiques, il y a 2700 ans et plus. Depuis, l'histoire, les paroles, et surtout les gestes de Jésus contre la maladie et la mort nous ont laisser comprendre depuis longtemps que cette parole de Job 1 sonne du coup presque comme un blasphème ! Pourtant c'est vrai, sans trop la remettre en question, on l'entend effectivement encore aujourd'hui dans les paroles liturgiques de certains services funébres.